Loic Mackosso

Suppression des visas en 2027 : Loic Mackosso voit une opportunité pour l’économie congolaise et africaine

L’annonce faite par le président de la République, Denis Sassou N’Guesso, de supprimer les visas pour les ressortissants africains à compter de janvier 2027 continue d’alimenter les débats au sein des milieux économiques. Pour l’entrepreneur congolais Loic Mackosso, cette décision représente une avancée majeure vers une meilleure intégration économique du continent et une occasion pour le Congo de renforcer son attractivité auprès des investisseurs et des talents africains.

Selon lui, cette mesure dépasse largement le cadre administratif. Elle constitue un signal fort en faveur de la libre circulation des personnes, un principe essentiel à la réussite de l’intégration économique africaine portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

« L’Afrique doit devenir plus accessible aux Africains eux-mêmes », estime-t-il, soulignant que la mobilité demeure l’un des principaux leviers du développement économique du continent.

Faciliter les affaires et les investissements

Pour Loic Mackosso, les contraintes liées à l’obtention des visas freinent encore considérablement les échanges entre pays africains. Les procédures administratives, parfois longues et complexes, retardent les déplacements des entrepreneurs, investisseurs et experts appelés à intervenir sur différents marchés.

« Il est parfois plus facile pour un entrepreneur africain de voyager vers l’Europe que dans certains pays du continent », regrette-t-il.

La suppression des visas devrait ainsi permettre aux entreprises de gagner en réactivité, de développer plus rapidement leurs activités et de nouer davantage de partenariats régionaux. Cette fluidité pourrait favoriser la circulation des capitaux, des compétences et des innovations à travers l’Afrique.

Des secteurs porteurs de croissance

L’entrepreneur identifie plusieurs secteurs qui pourraient bénéficier directement de cette réforme. L’énergie et les infrastructures figurent parmi les premiers concernés en raison de leur besoin constant d’expertise et de financements transfrontaliers.

Le tourisme et l’hôtellerie devraient également profiter d’une hausse des déplacements régionaux, tandis que le commerce et la logistique pourraient tirer avantage d’une mobilité accrue des opérateurs économiques. Les services financiers, l’investissement et le numérique sont également appelés à connaître un nouvel essor grâce à un environnement plus favorable aux échanges.

Faire du Congo une plateforme régionale

À travers ses activités au sein d’ARIES Investissements et d’ARIES Énergies, Loic Mackosso affirme défendre depuis plusieurs années une vision panafricaine de l’entrepreneuriat. Pour lui, l’ouverture des frontières aux citoyens africains doit encourager les entreprises congolaises à se projeter au-delà du marché national.

« Demain, nous devrons être capables de répondre aux besoins de clients venant de l’ensemble du continent », explique-t-il.

Cette évolution nécessitera toutefois un renforcement de la qualité des services, une meilleure compétitivité des entreprises et l’adoption de standards internationaux afin de faire du Congo un véritable hub régional pour les investissements.

Une ouverture à accompagner de garanties sécuritaires

Tout en saluant cette réforme, l’entrepreneur rappelle que la suppression des visas ne signifie pas la disparition des contrôles aux frontières. Les autorités conserveront leurs missions de vérification de l’identité des voyageurs et de surveillance des mouvements transfrontaliers.

Pour lui, le succès de cette mesure passera par la modernisation des systèmes d’identification, le renforcement des dispositifs de contrôle et une coopération accrue entre les États africains afin de garantir la sécurité des populations tout en facilitant les déplacements.

Transformer l’ambition en résultats concrets

Face aux interrogations et aux débats suscités par cette décision, Loic Mackosso invite à privilégier une lecture économique de long terme. Il rappelle que les grands espaces économiques mondiaux se sont construits grâce à l’intégration des marchés et à la libre circulation des personnes et des capitaux.

« La suppression des visas n’est pas une fin en soi. C’est un outil qui doit permettre de créer davantage d’opportunités, d’emplois et de prospérité pour les populations africaines », conclut-il. À l’approche de l’entrée en vigueur de cette mesure historique en janvier 2027, les attentes restent fortes. Entre espoirs de croissance économique et impératifs de sécurité, le défi consistera désormais à transformer cette ambition politique en résultats tangibles pour le Congo et pour l’ensemble du continent africain.

Interview brute

C’est quoi la suppression des visas ?

La suppression des visas pour les ressortissants africains est une mesure qui permettra à tout citoyen africain de voyager au Congo sans avoir à solliciter un visa préalable. C’est une décision qui s’inscrit dans la dynamique d’intégration africaine portée par la ZLECAf et par la volonté de construire un véritable marché commun africain.

Pour moi, ce n’est pas simplement une mesure administrative. C’est un signal fort adressé aux investisseurs, aux entrepreneurs, aux étudiants, aux chercheurs et aux talents africains : l’Afrique doit devenir plus accessible aux Africains eux-mêmes.

Qu’est-ce qui changera dans les nouveaux marchés africains dès 2027 ?

Nous allons assister à une accélération des échanges économiques et des partenariats entre pays africains.

Aujourd’hui, il est parfois plus simple pour un entrepreneur africain de se rendre en Europe que dans certains pays du continent. Cette situation est un frein au développement des affaires.

Dès lors que les déplacements deviennent plus fluides, les entreprises pourront prospecter de nouveaux marchés, identifier des partenaires, recruter des compétences et conclure des contrats plus rapidement.

Je pense notamment aux secteurs de l’énergie, des infrastructures, des services financiers, de l’immobilier, du numérique et du commerce régional qui devraient bénéficier rapidement de cette évolution.

Avant, c’était quoi le gros frein lié aux visas : clients, fournisseurs, partenaires, recrutement d’experts étrangers, diplomates et businessmen ?

Le principal frein était le coût de la complexité.

Un investisseur qui souhaite visiter un pays, un expert technique qui doit intervenir sur un projet, un partenaire qui souhaite participer à une réunion ou un entrepreneur qui cherche à développer ses activités doivent souvent engager des démarches longues et parfois imprévisibles.

Dans les affaires, la vitesse est un facteur de compétitivité. Lorsqu’il faut attendre plusieurs semaines pour obtenir un visa, certaines opportunités disparaissent.

La suppression des visas va réduire cette friction et favoriser la circulation des idées, des capitaux et des compétences.

Quels secteurs vont selon vous exploser en premier avec cette libre circulation ?

Je vois principalement cinq secteurs :

1. L’énergie et les infrastructures
Les projets nécessitent souvent des experts, des investisseurs et des partenaires venant de plusieurs pays africains.

2. Le tourisme et l’hôtellerie
Les déplacements régionaux devraient fortement augmenter.

3. Le commerce et la logistique
La mobilité des opérateurs économiques facilitera les échanges commerciaux.

4. Les services financiers et l’investissement
Les fonds d’investissement, banques et sociétés de conseil pourront intervenir plus facilement sur plusieurs marchés.

5. Le numérique
Les startups africaines pourront développer leurs activités à l’échelle du continent avec davantage de facilité.

Vous êtes un entrepreneur, comment comptez-vous adapter vos offres pour attirer les Africains de l’Ouest et d’ailleurs ?

Cette mesure renforce une conviction que je porte depuis plusieurs années : les entreprises africaines doivent penser continental.

Chez ARIES Investissements et ARIES Energies, nous travaillons déjà avec des partenaires du Nigeria, du Ghana, du Kenya, de l’Afrique du Sud, des Émirats arabes unis et d’Europe.

Demain, nous devrons être capables de proposer des solutions adaptées à des clients venant de tout le continent. Cela implique davantage de professionnalisme, une meilleure qualité de service, des standards internationaux et une capacité à comprendre les besoins des différents marchés africains.

L’objectif est de faire du Congo non seulement un marché, mais également une plateforme régionale d’investissement.

Sans visas, qu’est-ce qui vous réjouit et vous craignez quoi ?

Ce qui me réjouit, c’est la possibilité de construire une Afrique plus intégrée et plus forte économiquement.

Nous parlons souvent de commerce intra-africain, d’investissements africains ou de champions africains. Tout cela est difficile à réaliser si les Africains eux-mêmes ont du mal à circuler sur leur propre continent.

Ma principale préoccupation concerne la capacité des États à accompagner cette ouverture par des mécanismes efficaces de contrôle, de sécurité et de gestion des flux migratoires.

L’ouverture doit aller de pair avec une administration moderne et performante.

Qui pourra contrôler qui déjà avec ce que nous vivons ici avec les Rwandais et les Ouest-Africains ? Les frontières perméables, les autorités seront-elles capables de maîtriser cette pagaille ?[LM1] 

C’est une question que beaucoup de citoyens se posent et elle mérite d’être abordée avec sérieux.

La suppression du visa ne signifie pas l’absence de contrôle aux frontières. Partout dans le monde, il existe une différence entre la libre circulation et l’absence de contrôle.

Les États continueront à vérifier l’identité des voyageurs, leurs documents de voyage et à assurer le suivi des entrées et des sorties du territoire.

Le véritable enjeu est ailleurs : il faut renforcer les capacités de contrôle, moderniser les systèmes d’identification, améliorer la coopération entre les États africains et sécuriser davantage les frontières.

En tant qu’entrepreneur, je considère que l’ouverture est une nécessité économique. Mais elle doit être organisée et accompagnée de mesures de sécurité adaptées.

La vraie question n’est donc pas : « Faut-il ouvrir ? » mais plutôt : « Sommes-nous prêts à gérer efficacement cette ouverture ? »

Que diriez-vous à ceux qui interprètent cette décision de diverses manières ?

Je leur dirais qu’il faut dépasser les réactions émotionnelles pour regarder les enjeux stratégiques.

Les grandes puissances économiques se sont construites grâce à l’intégration de leurs marchés. L’Europe, les États-Unis ou encore les pays du Golfe ont compris depuis longtemps que la mobilité favorise la croissance.

L’Afrique représente plus d’un milliard d’habitants mais reste l’une des régions du monde où les échanges intra-régionaux sont les plus faibles.

Nous avons besoin de davantage d’investissements africains, davantage d’entrepreneurs africains et davantage de talents africains qui circulent librement.

Bien sûr, cette ouverture doit être encadrée. Mais si nous voulons bâtir des économies fortes, nous devons également avoir le courage de faire confiance à notre continent. La suppression des visas n’est pas une fin en soi. C’est un outil. Tout dépendra de notre capacité collective à transformer cette ouverture en opportunités économiques, en emplois et en prospérité pour nos populations.

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