Inflation au Congo : derrière les promesses du colloque, le congolais toujours étranglé par la vie chère
À défaut d’apporter des solutions immédiates à la flambée persistante des prix, les autorités congolaises ont choisi la voie du débat intellectuel. Le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, en partenariat avec plusieurs institutions publiques et financières, a organisé le 12 mai 2026 à Brazzaville, la première édition du colloque consacré aux déterminants, dynamiques et conséquences de l’inflation en République du Congo.
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Cette rencontre a réuni un large éventail d’acteurs : cadres des ministères de l’Agriculture, des Finances et du Commerce, experts de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), représentants du patronat, chercheurs, universitaires, étudiants ainsi que plusieurs professionnels du secteur agricole. Les travaux se sont déroulés sous le patronage du ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, le professeur Valentin Ngobo, en présence notamment du vice-gouverneur de la Beac, Michel Dzombala, et du directeur général des Douanes et Droits indirects, Guénolé Mbongo Koumou.
Présenté comme un espace de réflexion stratégique, ce colloque intervient dans un contexte où le discours officiel sur la stabilité économique contraste fortement avec le quotidien des populations. Car si les chiffres macroéconomiques annoncent une inflation moyenne ramenée à 2,7 % à fin décembre 2025, les congolais continuent, eux, de subir une hausse constante des prix des produits de première nécessité. Riz, farine, huile, poisson ou encore carburant demeurent difficilement accessibles pour de nombreux ménages, dont le pouvoir d’achat s’érode chaque mois davantage.

Durant les échanges, plusieurs thèmes ont été développés autour de trois grands blocs. Le premier, consacré au cadre macroéconomique et aux déterminants globaux de l’inflation, a notamment permis à la Beac de présenter les mécanismes de régulation monétaire dans l’espace Cemac. Des experts de l’Institut national de la statistique ont, pour leur part, analysé les causes internes de l’inflation congolaise.
Le second bloc s’est intéressé à la propagation des hausses de prix sur les marchés alimentaires. Une problématique particulièrement sensible dans un pays fortement dépendant des importations alimentaires malgré son important potentiel agricole. Plusieurs observateurs ont d’ailleurs relevé le paradoxe d’un Congo riche en terres arables mais incapable, jusqu’ici, de garantir une autosuffisance alimentaire suffisante pour amortir les chocs inflationnistes.

Enfin, le troisième axe a porté sur la variabilité des prix des produits de grande consommation et les pistes de solutions envisageables. Mais derrière les analyses techniques et les statistiques, une interrogation revient avec insistance : pourquoi les mesures concrètes tardent-elles à suivre les diagnostics répétés des experts ?
Car au-delà des exposés académiques, nombre de citoyens attendent surtout des décisions visibles sur le terrain. La dérégulation progressive des prix du carburant, les coûts élevés de l’électricité, la dépendance aux importations et les difficultés logistiques continuent d’alimenter une inflation qui frappe de plein fouet les couches les plus modestes. Dans les marchés de Brazzaville et de Pointe-Noire, les commerçants comme les consommateurs dénoncent régulièrement l’instabilité des prix et l’absence de mécanismes efficaces de contrôle.
Le gouvernement reconnaît lui-même que les pressions inflationnistes demeurent alimentées par des facteurs structurels. Pourtant, les solutions annoncées restent souvent au stade des intentions. À l’issue du colloque, le ministre Valentin Ngobo a plaidé pour une implication accrue du ministère du Commerce et d’autres départements afin d’étudier les modalités d’une baisse des coûts des produits de première nécessité.
Le ministre a notamment évoqué la possibilité d’accorder des exonérations significatives sur certains produits essentiels afin de soulager « le panier de la ménagère ». Une annonce accueillie avec intérêt, mais aussi avec prudence, tant les précédentes promesses de régulation des prix ont rarement produit des effets durables dans le quotidien des populations.
Si cette première édition du colloque marque une volonté d’ouvrir le débat sur les causes profondes de l’inflation, plusieurs analystes estiment que l’urgence se situe désormais moins dans le diagnostic que dans l’application de réformes concrètes. Pour beaucoup de congolais, la véritable réussite de ces assises ne se mesurera pas au nombre de communications scientifiques présentées, mais à la baisse réelle des prix dans les marchés et à l’amélioration tangible du pouvoir d’achat.
Crédit photos : La Brève Online (archive pour l’image en avant et autres lors du colloque)

