Niger: La résurgence de la diphtérie révèle le rôle clé de la génomique dans la riposte sanitaire.
Santé publique
Une communication scientifique présentée lors de la deuxième conférence internationale Russo-africaine sur la lutte contre les maladies infectieuses, a mis en évidence la résurgence préoccupante de la diphtérie au Niger, malgré des taux de couverture vaccinale relativement élevés. Le docteur Abdourahamane Yacouba, enseignant-chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, a exposé les résultats d’une étude approfondie sur cette épidémie qui sévit depuis 2023.
Selon les données présentées, la couverture vaccinale contre la diphtérie reste globalement satisfaisante, oscillant entre 95 % pour la première dose et environ 84 à 86 % pour les doses complètes entre 2022 et 2024. Toutefois, ces performances n’ont pas empêché l’apparition d’une épidémie inédite dans le contexte nigérien. Depuis le cas index détecté le 17 juillet 2023, plus de 7500 cas suspects ont été recensés, avec des taux de létalité particulièrement élevés, oscillant entre 4 à 6% dans certaines zones.
Les régions du sud du pays, notamment autour de la région de Zinder, ont été les plus touchées. Les symptômes observés chez les patients incluent principalement la dysphagie, l’odynophagie et la présence de fausses membranes au niveau oropharyngé, caractéristiques de la diphtérie.

Face à cette situation, les chercheurs ont mobilisé des techniques avancées, notamment le séquençage du génome entier de la bactérie Corynebacterium diphtheriae. Cette approche a permis d’identifier une souche particulièrement virulente, porteuse de gènes responsables de la production d’exotoxines, expliquant en partie la forte mortalité observée.
L’étude a également révélé une similarité génétique entre la souche circulant au Niger et celle identifiée dans le nord du Nigeria, suggérant une propagation transfrontalière de l’épidémie.
Sur le plan thérapeutique, les analyses ont montré une sensibilité globale de la bactérie aux antibiotiques couramment utilisés, notamment l’azithromycine. Toutefois, c’est l’introduction de l’antitoxine diphtérique dans le protocole de prise en charge qui a permis de réduire significativement la létalité.
Au-delà des résultats scientifiques, cette étude souligne l’importance stratégique de la génomique dans la gestion des épidémies, en permettant d’adapter rapidement les protocoles de traitement. Elle met également en évidence la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique et la coopération régionale.
Dans cette dynamique, le docteur Yacouba Abdourahamane a salué les perspectives de collaboration entre laboratoires africains, notamment avec ceux de la République du Congo, où il a pu constater des avancées notables en matière d’organisation et de gestion de la qualité.
Enfin, les échanges issus de cette conférence de deux jours, du 22 au 23 avril à Brazzaville ont mis en avant les opportunités de partenariat avec la Russie.
Propos recueillis par Gigie PAMBOU

