Gouvernement Makosso : 20 missions pour convaincre, mais un air de déjà vu

Le premier ministre, Anatole Collinet Makosso a dévoilé récemment son nouveau Programme d’action, décliné en vingt missions censées répondre aux principaux défis économiques, sociaux et institutionnels de la République du Congo.

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À première vue, le document affiche une ambition assumée : relancer la croissance, créer des emplois, moderniser l’administration, renforcer l’État de droit, diversifier l’économie, développer l’agriculture ou encore préserver la paix.

Sur le papier, difficile de contester ces priorités. Elles épousent les attentes d’une population confrontée depuis plusieurs années au chômage, à la faiblesse du pouvoir d’achat, à la dépendance de l’économie aux hydrocarbures, au manque d’eau et d’électricité ainsi qu’aux difficultés persistantes des services publics. En élargissant son champ d’action à pratiquement tous les secteurs stratégiques, l’exécutif entend manifestement afficher une vision globale de son action pour les cinq prochaines années.

Mais à la lecture attentive du document, une interrogation revient avec insistance : qu’apporte réellement ce nouveau programme par rapport aux précédents ?

Les vingt missions donnent en effet l’impression de reprendre, sous une nouvelle présentation, les grandes orientations déjà énoncées par les gouvernements successifs. Création d’emplois, diversification économique, amélioration de la gouvernance, investissement dans le capital humain, lutte contre la corruption, modernisation de l’administration ou développement agricole figurent depuis plusieurs années au cœur des discours officiels.

Cette continuité peut naturellement s’expliquer par le fait que les difficultés structurelles du pays demeurent. Toutefois, elle nourrit également un sentiment de répétition dans une opinion publique qui a déjà entendu ces promesses à plusieurs reprises sans toujours en mesurer les effets dans son quotidien.

Les 20 missions du gouvernement

Les Congolais gardent notamment en mémoire plusieurs annonces qui avaient été présentées comme des tournants majeurs : l’ambition de faire du Congo une destination de tourisme médical, la proclamation de l’Année de la jeunesse ou encore l’objectif de conduire le pays vers l’émergence à l’horizon 2025. Autant d’engagements qui avaient suscité de fortes attentes mais dont les résultats restent, pour beaucoup, difficiles à identifier.

Au-delà de cette impression de déjà-vu, c’est surtout le manque de précision qui interpelle. Le gouvernement affirme vouloir « créer des emplois en plus grand nombre », sans indiquer combien d’emplois seront effectivement créés, dans quels secteurs ni selon quel calendrier. Il promet de « redynamiser l’économie nationale » sans fixer de cible de croissance ou de volume d’investissements attendus. Il annonce vouloir investir davantage dans le capital humain, sans préciser les enveloppes budgétaires envisagées ni les priorités retenues en matière d’éducation, de santé ou de formation.

La plupart des missions demeurent ainsi formulées sous la forme d’orientations générales plutôt que d’engagements assortis d’objectifs quantifiables. Or, dans les standards actuels de la gouvernance publique, les programmes gouvernementaux sont de plus en plus évalués à travers des indicateurs précis, des échéances clairement définies et des mécanismes de suivi permettant aux citoyens d’apprécier les progrès réalisés.

La comparaison avec les « douze batailles » du précédent gouvernement renforce ce constat. Si le vocabulaire évolue et que le nombre de priorités passe de douze à vingt, les grandes lignes restent sensiblement les mêmes. Les batailles ont laissé place aux missions, mais les défis demeurent pratiquement inchangés.

Cette permanence peut être interprétée comme le reflet de problèmes structurels encore non résolus. Elle peut également être perçue comme le signe que plusieurs engagements antérieurs n’ont pas produit les résultats attendus, obligeant l’exécutif à reformuler des objectifs déjà annoncés.

Le véritable défi ne réside donc plus dans l’énumération des priorités, mais dans leur exécution. Les citoyens attendent désormais davantage que des déclarations d’intention. Ils souhaitent connaître les objectifs à atteindre à court, moyen et longs termes, les financements mobilisés, les délais d’exécution ainsi que les mécanismes qui permettront d’évaluer, de manière transparente, les performances de l’action gouvernementale.

La crédibilité de ce Programme d’action se jouera moins dans son architecture que dans sa capacité à produire des résultats tangibles. Les vingt missions constituent une feuille de route ambitieuse sur le plan des intentions. Elles devront désormais être traduites en politiques publiques concrètes, assorties d’objectifs mesurables et d’une véritable culture de redevabilité.

Car au-delà des annonces et des effets de communication, ce sont les réalisations qui serviront de véritable baromètre. Plus que le nombre de missions inscrites dans un document officiel, les Congolais attendent des changements perceptibles dans leur quotidien. C’est sur ce terrain, celui des résultats, que le gouvernement Makosso sera finalement jugé.

Par Riino Chardin

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