Santé : Ibara exige des actes et impose les audits des décès

Derrière les discours sur la modernisation du système de santé, la revue à mi-parcours des activités hospitalières a surtout mis en lumière les nombreuses fragilités qui continuent de pénaliser les hôpitaux congolais.

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Entre pénuries d’eau, insuffisances en matière d’hygiène, faible gouvernance et absence de mécanismes efficaces de contrôle, le ministre de la Santé et de la Population, le Pr Jean-Rosaire Ibara, a appelé le 17 juillet à rompre avec « le temps des constats » pour engager enfin des réformes concrètes.

Quatre jours d’échanges entre responsables d’établissements sanitaires ont permis d’établir un diagnostic sans complaisance du fonctionnement des hôpitaux de référence et des hôpitaux généraux. Si certains établissements remplissent correctement leurs missions spécifiques, l’évaluation révèle surtout un système encore confronté à des dysfonctionnements structurels qui affectent directement la qualité des soins.

Parmi les mesures fortes retenues figure l’instauration d’audits systématiques des décès enregistrés dans les hôpitaux. Une recommandation qui traduit la volonté des autorités sanitaires de mieux comprendre les causes des décès évitables, d’améliorer les pratiques médicales et d’instaurer une véritable culture de redevabilité au sein des établissements de santé. Les directeurs d’hôpitaux seront également soumis à des contrats de performance, censés les responsabiliser davantage sur les résultats obtenus.

Mais ces nouvelles exigences interviennent dans un contexte où les hôpitaux peinent encore à satisfaire des besoins élémentaires. L’évaluation a notamment relevé des pénuries récurrentes d’eau dans plusieurs établissements, dont l’hôpital de référence de Madingou et l’Hôpital général 31 Juillet. Plus préoccupant encore, seuls les hôpitaux militaires et le Centre national de référence et de diagnostic disposent actuellement d’un comité fonctionnel de lutte contre les infections nosocomiales, alors que la prévention des infections acquises à l’hôpital constitue l’un des indicateurs essentiels de la qualité des soins.

Ces constats soulèvent une question de fond : comment prétendre améliorer durablement les performances hospitalières lorsque certaines structures ne disposent toujours pas des conditions minimales de fonctionnement ? Si les recommandations sont nombreuses, elles ressemblent, pour plusieurs observateurs, à celles formulées lors de précédentes évaluations, dont la mise en œuvre est souvent restée incomplète.

Le ministre Jean-Rosaire Ibara semble d’ailleurs conscient de ce risque. « Le temps des constats est derrière nous. Le temps de l’action commence », a-t-il déclaré en clôturant les travaux, annonçant que la réforme hospitalière sera intégrée au futur Plan national de développement sanitaire. Cette réforme devrait porter sur la restructuration des hôpitaux, le renforcement de leur gouvernance, l’amélioration de la qualité des soins et une gestion plus transparente des ressources.

Les participants ont également recommandé l’élaboration de normes en vue de l’accréditation des hôpitaux, la création de comités internes de pilotage, le renforcement des pharmacies hospitalières, la mise en place de comités thérapeutiques ainsi que la généralisation de la Classification internationale des maladies (CIM-11).

La digitalisation figure aussi parmi les priorités. Les experts préconisent la création d’un inventaire numérique des équipements, le développement de la télémédecine, l’harmonisation des systèmes d’information sanitaire et l’intégration d’outils numériques dans le suivi-évaluation des établissements. Sur le plan des ressources humaines, ils recommandent un meilleur déploiement du personnel dans les zones sous-dotées, le renforcement de la formation continue et la mise en place de mécanismes de motivation afin de limiter l’épuisement professionnel.

Quelques points positifs ont néanmoins été relevés. L’hôpital de référence Raymond-Poaty a été cité en exemple pour sa prise en charge gratuite des patients atteints de la lèpre et de l’ulcère de Buruli. Au premier semestre 2026, quatre nouveaux cas de lèpre y ont été diagnostiqués, portant à huit le nombre total de patients suivis, avec des consultations, examens biologiques et traitements entièrement gratuits.

Face au risque permanent d’épidémies, notamment Ebola dans la sous-région, les experts recommandent également la création de comités de préparation et de riposte, ainsi que l’élaboration de plans de communication destinés à mieux informer les populations.

Au-delà de la pertinence des recommandations, le véritable défi reste désormais leur application. Car si les diagnostics se succèdent et que les insuffisances sont désormais bien identifiées, les usagers des hôpitaux attendent avant tout des améliorations visibles dans leur quotidien : un accès continu à l’eau, des soins de qualité, des structures mieux équipées et une gouvernance capable de transformer les promesses de réforme en résultats mesurables.

La clôture de cette réunion de quatre jours s’est déroulée en présence du représentant résident de l’Oms Congo et du directeur général des soins et services de santé.

Signalons que la prochaine réunion à mi-parcours se tiendra en juillet 2027.

Par Gigie PAMBOU

Crédit photos : La Brève Online

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