Fête de travail : à E2C, entre avancées techniques et malaise social persistant
Le 1er mai à l’occasion de la 140ᵉ édition de la Fête internationale du Travail, le collège syndical de l’Énergie électrique du Congo (E²C) a livré un message à double tonalité : saluer des progrès techniques réels, tout en exprimant une exaspération croissante face aux dysfonctionnements internes et aux tensions sociales.
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Dans son allocution, la présidente du collège syndical, Chantal Batondele Issambo, a mis en avant la remise en service de deux groupes de la centrale hydroélectrique d’Imboulou, ainsi que les travaux en cours sur un troisième. Cette relance progressive devrait porter la production à environ 75 %, réduisant la dépendance énergétique du pays vis-à-vis de la Société nationale d’électricité (Snel) de la Rdc et améliorant la stabilité du réseau en période de forte demande.
Cependant, ces avancées techniques peinent à masquer les fragilités persistantes du système électrique. Le collège syndical a dressé un constat préoccupant : multiplication des incidents sur les réseaux de transport et de distribution, notamment à Brazzaville et à Pointe-Noire. Transformateurs défaillants, postes saturés et délestages fréquents témoignent d’une infrastructure sous pression.
« Autrefois sporadiques, ces incidents sont devenus récurrents », a déploré la responsable syndicale, pointant un déficit de planification et de maintenance. En cause : un manque chronique de matériel, des moyens logistiques limités et une absence de stratégie préventive dans l’entretien des installations.

Sur le plan social, le discours s’est durci. Les travailleurs dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles, marquées par des retards dans le paiement des primes, la suspension de la prime de risque et des lenteurs administratives dans la régularisation de certains agents. À cela s’ajoutent un déficit de formation et le non-déploiement de personnels déjà recrutés.
Dans des échanges plus directs, certains syndicalistes ont accusé des blocages internes dans les circuits financiers, malgré la disponibilité supposée des fonds. Une situation qui alimente frustration et démotivation au sein des équipes. « Comment exiger de la performance sans reconnaissance ? », a lancé un intervenant, appelant à une refonte des mécanismes de gestion.
Face à cette crise multiforme, le collège syndical propose plusieurs pistes : renforcer la maintenance préventive, intégrer la recherche et le développement dans la gestion du patrimoine, et améliorer la transparence financière. Il appelle également à un engagement collectif impliquant la direction, les travailleurs et les autorités publiques.

Sur le plan stratégique, les syndicats adoptent une ligne prudente : favorables à la modernisation du secteur, ils rejettent toute perspective de privatisation ou de « dégroupage », perçue comme une remise en cause de la souveraineté énergétique nationale.
De son côté, le directeur financier, Mesmin Akoli, a plaidé pour un dialogue apaisé, estimant que les difficultés actuelles peuvent constituer des leviers d’amélioration. Un appel à la concertation qui devra rapidement se traduire en mesures concrètes pour désamorcer les tensions.
Le message du 1er mai à l’E²C met en évidence un déséquilibre classique dans de nombreuses entreprises publiques : des avancées techniques tangibles, mais fragilisées par des failles de gouvernance.



La relance partielle de la production hydroélectrique constitue indéniablement un signal encourageant pour l’autonomie énergétique du pays. Mais ces progrès restent vulnérables face à des réseaux vieillissants et mal entretenus, incapables de garantir un service stable.
Au cœur du problème se trouve la question de la gestion interne : transparence des flux financiers, efficacité administrative, anticipation des besoins techniques. Sans réforme structurelle, les gains actuels risquent de s’éroder rapidement.
Enfin, la crispation autour des primes révèle un enjeu fondamental : la motivation des ressources humaines. Dans un secteur aussi stratégique, la performance repose autant sur les infrastructures que sur les femmes et les hommes qui les font fonctionner.



Cette célébration du 1er mai agit comme un révélateur : à l’E²C, le défi n’est plus seulement de produire davantage d’électricité, mais de rétablir un équilibre durable entre performance technique, gouvernance efficace et justice sociale.


Crédit photos : La Brève Online

