JEC alerte sur les menaces et la précarité du secteur médiatique au Congo
Journée mondiale de la liberté de la presse
A l’occasion de cette journée consacrée à la liberté de la presse, l’Organisation Journalisme et éthique Congo (Jec), a livré le 2 mai, une déclaration engagée et préoccupante, dressant un diagnostic sans complaisance de l’état de la presse au Congo.
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Déclaration lue par Brony Fortunat Ngolali, chargé de communication du Jec, elle se mêle entre reconnaissance du professionnalisme des journalistes et mise en garde contre des dérives persistantes, le message se veut lucide, avec en toile de fond une interrogation centrale : le secteur médiatique congolais est-il réellement en capacité de se consolider ?
S’inscrivant dans la dynamique internationale portée par UNESCO, autour du thème « Façonner l’avenir en paix », le Jec rappelle le rôle stratégique des médias dans la stabilité démocratique. Dans un environnement mondial marqué par les crises et les tensions, les journalistes restent en première ligne, exposés à des risques croissants pour documenter les faits et relayer la parole publique.
Rappelant les données de Reporters sans frontières, le Jec souligne que 67 journalistes ont été tués en 2025 et près de 500 détenus traduisent, selon le Jec, un climat globalement hostile à la liberté d’informer.
Au niveau national, le constat est plus nuancé mais tout aussi préoccupant. Le Congo-Brazzaville enregistre un léger recul dans le classement mondial de la liberté de la presse, passant de la 69ᵉ à la 71ᵉ place. Une évolution modeste en apparence, mais que le Jec interprète comme le signe d’un ralentissement des réformes structurelles.
Pourtant, cette lecture critique n’occulte pas les performances du corps professionnel. Lors de la récente élection présidentielle, les médias congolais ont, dans leur ensemble, contribué à préserver un climat apaisé, privilégiant une couverture jugée responsable. Cette reconnaissance met en lumière une constante du paysage médiatique national : la résilience des journalistes, capables de maintenir une certaine rigueur éditoriale malgré des contraintes politiques, économiques et sécuritaires.
Mais cette résilience a ses limites. Jec pointe une série d’incidents récents à savoir les intimidations après des enquêtes sensibles, interpellations lors de couvertures électorales, cyber harcèlement, qui traduisent un climat de pression diffuse. Plus insidieuse que la censure directe, cette pression favorise l’autocensure et fragilise l’indépendance éditoriale, installant une forme de retenue dans le traitement de certains sujets jugés sensibles.
Au-delà de la question sécuritaire, c’est surtout la fragilité économique du secteur qui apparaît comme le talon d’Achille du système médiatique congolais. L’absence de redistribution effective de la redevance audiovisuelle depuis 2003 illustre les dysfonctionnements persistants dans le financement des médias publics. Certes, la création d’un fonds d’appui à la presse, doté de 60 millions de Frs Cfa dans la loi de finances 2025, constitue une avancée notable.

Mais son opérationnalisation tardive interroge sur la capacité des autorités à traduire les engagements en mesures concrètes.
La déclaration du Jec met en évidence une contradiction structurelle : le professionnalisme des journalistes progresse, mais l’écosystème qui les soutient reste défaillant. Or, une presse libre ne peut durablement exister sans indépendance économique ni garanties institutionnelles solides. Le risque, à terme, est celui d’un système à deux vitesses : des journalistes compétents, mais contraints par des moyens limités et un environnement incertain.
Cette situation soulève une question stratégique pour les pouvoirs publics : faut-il continuer à gérer le secteur médiatique dans une logique administrative, ou engager une véritable réforme systémique intégrant financement durable, régulation crédible et protection effective des professionnels ? Car au-delà du principe, la liberté de la presse est aussi une question d’infrastructures, de gouvernance et de volonté politique. En conclusion, le Jec appelle à une mobilisation concertée de l’ensemble des acteurs, État, régulateurs et professionnels pour refonder les bases du secteur.
Un appel qui résonne comme un avertissement : sans réformes structurelles effectives, les avancées resteront symboliques, et la liberté de la presse continuera d’évoluer dans un équilibre précaire, entre affirmation de principe et réalités contraignantes.
Signalons qu’au Congo la célébration de cette journée aura lieu le 8 mai.
Crédit photo : La Brève Online ( le bureau du Jec)

